Enseignements des pertes de données et nécessité des stratégies de conservation numériques

Adi Alter, responsable de produit senior (Rosetta), gestion et conservation numériques, Ex Libris

On me demande souvent s’il est vraiment nécessaire d’avoir recours à des stratégies de conservation numériques et avec quelle fréquence se produisent des pertes de données en l’absence de telles stratégies. Je crois que la question doit être posée sous un angle différent : Quelle sera le volume des données perdus si un tel événement se produit ? Quelles sont les conséquences d’une perte de données et votre organisation peut-elle y faire face ?

Tout le monde a connu la frustration de perdre une image importante ou de ne pouvoir ouvrir un ancien document créé à l’aide d’un logiciel dépassé. Dans certains cas, toutefois, les dommages peuvent être beaucoup plus importants. Il existe de nombreux exemples de pertes significatives de données. Tous les incidents décrits ci-dessous prouvent que de telles pertes se produisent souvent et qu’elles causent des ravages aux institutions qui en ont pâti.

  • Au cours des années 2000, une équipe d’employés retraités de la NASAs’est lancée dans la recherche des bandes originales sur lesquelles avaient été enregistrées les vues transmises d’Apollo 11 pendant le premier atterrissage sur la lune en 1969. Il fut finalement découvert que lesdites bandes avaient été effacées et réutilisées par la NASA pendant les années 1980, en raison probablement de la pénurie de bandes dont souffrait l’agence à cette époque et parce que ces bandes n’avaient pas été correctement étiquetées.
  • Pendant la révolution égyptienne de 2011, l’Institut d’Égypte,établi en 1798 par Napoléon Bonaparte, fut incendié. En conséquence, l’institut perdit 85 % de ses archives, une perte énorme pour l’humanité.
  • Le 30 octobre 2012, l’ouragan Sandy frappa la ville de New York et détruisit les archives des médias analogiques et numérique du studio collaboratif Eyebeam. Ces archives documentaient les quinze années d’histoire de l’organisation dans les domaines de l’art expérimental et de la technologie.
  • En 2015, une conduite d’eau éclata dans les archives du New York Times, endommageant des photos historiques uniques et d’autres documents. Une heureuse coïncidence permit à un assistant du service d’actualités, à la recherche d’une photo, de découvrir l’inondation en pénétrant dans la « morgue » du New York Times. Sinon, les dégâts auraient pu être beaucoup plus importants.

Qu’il s’agisse d’une catastrophe naturelle, de vandalisme ou d’un manque de normes de conservation, le résultat est identique : une perte irréparable, et dans la plupart des cas, évitable. Certaines de ces institutions ont réussi à restaurer certains documents endommagés en faisant appel à des techniques onéreuses et chronophages. Dans d’autres cas, les documents n’ont pu être sauvés, causant la perte d’images, de cartes, de documents et d’autres ressources irremplaçables. La perte pour notre patrimoine culturel n’est pas quantifiable.

Il aurait été possible d’atténuer les pertes si les données avaient été numérisées et copiées dans plusieurs endroits. Toutefois, maintenant que les données numériques surpassent les données analogiques, ces techniques de conservation traditionnelles ne suffisent pas. Même les documents conservés numériquement peuvent aisément devenir dépassés et inaccessibles en fonction des techniques utilisées. Il est essentiel de veiller à ce que les données numériques restent accessibles au fil du temps et que les évolutions technologiques ne les transforment pas en une série de bits et octets inutilisables. Voici donc les enjeux d’une véritable stratégie de conservation numérique. De plus, il est de notre devoir pour les générations futures d’en créer une.

Pour découvrir comment créer votre propre stratégie de conservation numérique, téléchargez notre récent livre blanc (en anglais) : Current Issues in Digital Asset Management and Preservation.